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Commerce extérieur Pourquoi l'export tarde-t-il à démarrer ?

 

Numéro * Spécial

Commerce extérieur

Pourquoi l'export tarde-t-il à démarrer ?

Par KMK

Préambule
Avant de parler de la problématique des exportations algériennes, situons tout d'abord notre réflexion dans le contexte international, à travers quelques chiffres qui illustrent parfaitement les enjeux de la mondialisation et les défis qui attendent l'Algérie aujourd'hui.
Les derniers chiffres publiés par la Cnuced, sur les échanges mondiaux, situent le commerce international à hauteur de 12 milles milliards Usd; les échanges étaient, il y a à peine 10 ans, à 6 milles milliards Usd.
C'est dire que l'effet de la mondialisation commence à prendre une tournure de plus en plus significative en faveur des pays qui ont su s'adapter à la mutation des échanges internationaux.
D'après cette étude, par tête d'habitant, il ressort que le commerce mondial est dans l'ensemble assez inégal.
En effet, le commerce per capita dans les pays occidentaux est de 10 000 Usd; la moyenne mondiale étant de 3000 Usd par habitant.
La part de l'Afrique dans les échanges est de 800 Usd par tête, tandis que la part de l'Algérie (y compris les hydrocarbures) est de 1600 Usd.
Hors hydrocarbures, notre pays se situe à 80 Usd, puisque la part des exportations de l'or noir représente à elle seule environ 95% de l'ensemble de nos échanges avec le reste du monde.
Si l'Algérie n'avait pas de pétrole, avec un chiffre de 80 Usd par habitant, elle ferait partie des PMA (Pays les Moins Avancés) que sont la Somalie, le Bengladesh, le Zimbabwe, l'Ethiopie, etc.
Voici le scénario cauchemardesque qui attend l'Algérie dans moins d'un quart de siècle, si elle ne se ressaisit pas tout de suite et de la manière la plus énergique.

1 - Le contexte des exportations algériennes
Depuis un quart de siècle notre pays cherche en vain une porte de sortie au dilemme dans lequel se débat le commerce extérieur, particulièrement en matière d'export.
Ainsi, les exportations « hors hydrocarbures », tel est la formulation courante, pour évoquer en Algérie les opérations d'export, sont vraiment en panne..
L'association du mot "hors hydrocarbures" à l'acte d'exporter, et ce depuis pas moins d'un quart de siècle, est un aveu d'impuissance implicite qui signifie grosso modo : on exporte du pétrole mais on n'arrive pas exporter autre chose, en dépit de tous les objectifs financiers fixés, dont le dernier montant visé en 1996 était de deux (2) milliards Usd; chiffre jamais atteint.
A la longue, cette formulation est devenue un Slogan creux, vide de sens.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que tous ces mots ne sont portés ni par une vision ni par une volonté politique et cela a été affirmé à maintes reprises par les opérateurs économiques et à leur tête l'Anexal (Association Nationale des exportateurs Algériens).
En effet, une vision et une volonté permettent de développer des schémas stratégies qui appellent des plans directeurs par secteurs, assortis de programmes, de budgets, de calendriers, etc.
En Algérie, on a créé, au milieu des années 90, une agence de promotion des exportations qui s'appelle Algex en pensant que sa seule existence suffisait à en faire un instrument du commerce extérieur, en perdant de vue que tout organe de cette nature a besoin d'une volonté politique devant être accompagnée par la mise en place d'un minimum de moyens.
Elle fut appelée à sa naissance Promex, puis Algex, mais l'organe central, en l'occurrence le Conseil National des Exportations, censé présider aux destinées de cette agence ne s'est pas réuni une seule fois, ne serait-ce que pour lui donner quelques orientations et faire en sorte qu'elle dispose d'un minimum vital en moyens humains, matériel et financier.
Et ce n'est certainement pas le changement d'appellation qui va combler le vide sidéral qui enveloppe cette agence depuis sa création à ce jour.
Alors la solution que j'avais personnellement préconisé au directeur général de Algex actuel, M. Mohamed Bennini, était de se reposer sur la société professionnelle, en vue de créer d'abord un regroupement de chargeurs, puis un autre pour la logistique, le tout devant s'intégrer à termes dans la communauté portuaire, puisque 95 % de nos échanges extérieurs sont effectués par mer.

Qu'est-ce qu'un chargeur ?

C'est un opérateur du commerce extérieur qui a vocation à acheter et vendre des marchandises à l'étranger en se chargeant de les faire acheminer de porte à porte, par ses propres moyens ou par ceux de son fournisseur, selon le mode d'achat de la marchandise : ex-work, Fob, Cfr, etc.
Il est certain que le chargeur est un commerçant qui connaît les produits qu'il achète ou qu'il vend.
Par conséquent, il n'attend de conseils de personne pour réaliser son business.
En revanche, ce dont il a besoin c'est surtout des avis autorisés dans l'acheminement des produits door to door, c'est à dire le besoin de la maîtrise complète de la chaîne logistique.
Et quand on parle de logistique aujourd'hui, vient aussitôt à l'esprit l'idée de supply chain, qui ne peut plus être dissociée de la notion "d'excellence", car celui qui s'empare d'un marché est toujours le plus performant dans l'art de : transférer, ensemble, juste à temps, la matière et l'information, avec le souci permanent de la sécurité des biens et des personnes, en plus de la préservation de l'environnement (dixit notre ami le Pr Benabdelatif Benhabdelhafidh)...
Rien que ça ! Serait-on tenté de dire.
En fait, l'association de chargeurs préconisée regrouperait les différentes associations professionnelles déjà existantes : l’Anexal, l’Union des transitaires, l’Union de gros importateurs, comme l'Agea, l'Uneb, outre l'Unat, l'Untca, etc.

Ce regroupement constituerait un cadre de concertation et une force de proposition, après avoir fait un état des lieux complet...
Ce travail est en train de se faire timidement, avec l'idée de faire une évaluation de la situation pour ensuite envisager, en plus de ce qui se fait dans le cadre d'Optimexport, des formations continues adaptées et des mises à niveaux de l'ensemble des intervenants dans la chaîne.
Mais la seule formation des exportateurs/importateurs n'aurait aucun sens sans la mise à niveau de l'environnement administratif et bureaucratique, à l'origine de bien des désagréments dans l'acte d'exporter...

2 - Constat
On arrive au constat qu'il faut mettre à niveau d'abord l'administration et puis après songer à la formation de la société professionnelle pour réaliser au moins des économies sur les importations, à défaut d'atteindre l'objectif de 2 Musd d'exportations.

Comment ?

L'Algérie enregistre des manques à gagner de l'ordre de 6/7 Musd par an à cause d'un commerce extérieur, mal encadré et pour tout dire perverti.
Ce calcul relève de la simple arithmétique.
En effet, l'Algérie a importé en 2009 pour la somme de 40 milliards Usd.
La part de la logistique transport est d'environ 30 % de la facture d'achat, payable en devises du fait de la non maîtrise du processus d'importation et du manque d'intervention dans la chaîne logistique par nos propres moyens.

 

 

Il faut savoir que la moyenne mondiale est de 16%, tandis que la facture logistique des pays développés ne dépasse guère les 5%.
Si nous voulons réduire les manques à gagner enregistrés par notre commerce extérieur, à hauteur de 50 % au moins, il nous faudra faire intervenir beaucoup plus notre expertise que des moyens matériels dont nous ne disposons plus; à preuve le désarmement du pavillon national et l'état de vétusté de ce qui reste comme flotte...
En revanche, on peut faire dessaisir le fournisseur de l'acte d'acheminer nos produits jusqu'à notre domicile; acte qu'il réalise par le biais de la sous-traitance, chose réalisable par nos propres importateurs, en changeant tout simplement les modes d'achat: par exemple ex. work, au lieu rendu port Algérie, etc.
Ce qui reviendrait à dire que l'opérateur algérien doit s'approprier la chaîne logistique.
Cela est possible à la condition que le système bancaire change ses procédures en permettant le transfert de devises pour l'acheminement des marchandises (dans tous les cas payés et transférés dans la facture d'achat!!!), opération qui sera encadrée, voire réalisée avec le conseil et le concours de logisticiens algériens.
Une évaluation faite par nos soins, avec l'aide de quelques transitaires bien en vue sur la place, nous a permis de déduire que les surcoûts induits, du fait de l'acheminement par le fournisseur, constituent autant de gains à faire réaliser par les opérateurs algériens, tandis que l'Etat épargnerait autant de devises transférées dans la facture d'achat comprenant la valeur du produit et également le fret, du fait de nos achats en CFR.
D'un autre côté, il faudrait réhabiliter la pavillon national en lui permettant, à défaut de disposer d'une flotte, d'affréter en leasing des bâtiments pour faire face aux trafics présents et à venir.
Quand je parle de pavillon national il va de soi qu'il s'agit du pavillon algérien de droit algérien public ou privé.
Il faudra aussi faire intervenir les moyens transports routiers algériens, dans le cadre du transport TIR; convention douanière ratifiée par l'Algérie depuis 1987, mais sans se doter, encore une fois, des moyens permettant au camion algérien d'emprunter l'asphalte international.
La mise en oeuvre de cette convention est freinée depuis 23 ans à cause de l'absence d'une association garante du transport international (exigence de la Convention), susceptible de normer les camions, les conducteurs, outre la délivrance des documents de transports internationaux, notamment les carnets TIR.
En la matière, il reviendra à l'association de chargeurs de réaliser cet encadrement et de faire office de conseil en direction des opérateurs du commerce extérieur.
Pour cela une condition s'impose.
Il faut qu'elle soit dirigée par les meilleurs, en tout cas ceux qui ont à leur actif un palmarès fait de performance et d'expérience à l'export.
Aussi, faudra-t-il mettre en avant ce que l'on appelle le brenchmarking.

Le brenchmarking, c'est quoi au juste ?

C'est une technique marketing initiée dans les années 80, par la société Xeros, qui a développé une méthode d'étalonnage et d'analyse comparative des modes de gestion d'autres entreprises, afin de s'en inspirer et d'en retirer le meilleur au plan de la performance, la qualité, la rapidité, les coûts, etc.
L'indicateur retenu peut servir de base aux autres sociétés qui veulent la suivre.
L'exemple de réussite à l'export du groupe Cevital pourrait servir de modèle pour les autres entreprises qui veulent se comparer à elle en matière d'exportation.
Une autre condition qu'il faudra remplir consistera à ce que ces associations se départissent des problèmes monstres auxquels elles sont confrontées pour assurer leur survie, à cause de l'absence de soutien et d'encadrements publics.

3 - Agressivité commerciale à l'export
Agresser d'une manière soft ne peut se faire que par des professionnels.
En effet, faire de la réclame avec un Slogan du genre : " made in blady" n'a aucun sens.
Nous devons cette remarque à Mme Christiane Rech, une dame qui s'est intéressée aux exportations algériennes en croyant au départ que ce slogan était tunisien ou marocain, mais pas du tout algérien, car rien n'indique en effet que le bled soit l'Algérie... CQFD!
Il faut également se réapproprier les labels perdus à travers des actions de lobbying bien étudiées.
Si la "Deglett Nour" était à l'origine un label partagé avec la Tunisie, par quel miracle l'Algérie l'a perdu au profit de notre voisin de l'Est?
La responsabilité incombe aussi à certains exportateurs algériens véreux qui ont sacrifié à l'autel de la cupidité ce label pour laisser une partie du produit de la vente sur la place de Marseille, plaque tournante de tous les trafics de la datte aux mains d'une véritable maffia qui reconditionne la datte de Tolga expédiée dans des boites de 10 kgs dans des paquets made in Tunisia, à forte valeur ajoutée mais de plus faible capacité et dont le fruit est souvent fourrée de noix, d'amande, etc.
Comme la datte Deglet Nour jouit d'un micro climat unique en Algérie, la Clémentine est née également dans notre pays, résultant du génie d'un curé de Mohammadia (ex. Perregaux) qui s'appelle Clément, d'où le nom...
Pourquoi ne pas se réapproprier ce nom et mettre en valeur ces arguments de vente dans des plans de communication apprêtés ?
L'Olive Sigoise était aussi un label de l'olive du bassin méditerranéen, comme d'ailleurs le melon de blandon (baptisé aujourd'hui Boutedja) où la fraise de Skikda, etc., qui peuvent retrouver leur lustre d'antan, pour peu que la société professionnelle s'emparent de l'étendard de l'export...
Mais qui se souvient encore que l'Algérie était jusqu'en 1970 leader en quantité et en qualité en matière d'exportation d'agrumes et autres produits du terroir ?
Question récurrente qui nous renvoie à la récupération de la mémoire, apparemment perdue.
Tous les produits algériens exportables ont un avantage comparatif certain, moulé dans l'histoire et le climat et il est indéniable que l'image produit peut facilement changer pour peu que l'image pays change également, à travers des actions de lobbying bien huilées.
Pour travailler l'image pays, il faut revoir surtout l'image négative de l'administration algérienne qui se "vend" très très mal à l'étranger, parce qu'elle est accusée de manquer de capacité d'écoute, de disponibilité et également et surtout d'efficience...

Comment revoir l'image de l'administration ?

En lui imposant des contrats de performance, comme cela existe dans un certain nombre de pays où l'administration est jugée sur pièces, à travers les résultats obtenus à partir d'objectifs fixés à l'avance par le gouvernement...
Dans un autre contexte, il faut que l'Etat algérien apprenne aussi à gérer les risques, conformément à la convention de Kyoto sur la facilitation à laquelle l'Algérie a adhéré, malheureusement non appliquée à ce jour, puisque les contrôles systématiques continuent, en l'absence de déclarations anticipées; de procédures accélérées; de circuits verts; etc.

Conclusion

Nous voilà arrivé au terme de notre réflexion.
Gageons que quelques esprits jaloux du devenir du commerce extérieur de ce pays s'emparent de la question, en s'entourant de l'expertise algérienne (car elle existe et c'est elle qui est utilisée par de nombreux bureaux d'études étrangers à qui on confie des contrats), pour y apporter la réponse la plus appropriée parmi la foultitude de solutions qui existent localement...■

 

KGN Le Phare Tout Droit réservé