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Exportateurs algériens à vos marques ! « L’Import Control System » sera applicable à partir du 1er janvier 2011

 

Exportateurs algériens à vos marques !

« L’Import Control System »
sera applicable à partir du 1er janvier 2011

«La mise en œuvre de l’ICS fait partie du grand mouvement dans lequel les douanes mondiales se voient attribuer un rôle de sécurisation des échanges, dans la perspective très évidente de lutter contre le terrorisme ».

Par A.C. Djebara
(Consultant)

Annoncé le 24 mars 2010, la mise en place dans toute l’Union européenne de « l’Import Control System » (ICS) sera opérationnelle à compter du 1er janvier 2011. Ce système va imposer une obligation de déclaration préalable par voie télématique au premier bureau de douane européen par lequel la marchandise va pénétrer en Europe avec des délais de préavis variables en fonction du mode de transport. Pour en savoir plus notre collaborateur s’est rapproché de M.F. Goguel (Avocat expert en douane), lequel a accepté d’éclairer nos lecteurs. Qu’il en soit ici vivement remercié pour son aimable disponibilité.

Le Phare : Tout d’abord quels sont les fondements de
« l’Import Control System » au niveau européen ?

M. Fabrice Goguel : Ce sont les règlements 648/2005 du Parlement européen et du Conseil, et 1875/2006 de la Commission, modifiant tous deux, le Code des Douanes Communautaire et son Règlement d’application. Signalons tout de suite que l’entrée en application de ces mesures a été significativement retardée par les réactions négatives des opérateurs. Mais aujourd’hui, l’entrée en application fixée au 1er janvier 2011 ne parait plus susceptible d’être reportée.

Le Phare : Existe-t-il une relation directe entre l’I.C.S. et «le scanning 100%» préconisé par les Etats-Unis d’une part et d’autre part entre l’ICS et le « cadre des normes SAFE» de l’OMD?

M. Fabrice Goguel : L’I.C.S., comme le projet de scanning 100% voté par le congrès américain découlent du même besoin « de sureté et de sécurité » supplémentaires consécutif aux événements du 11 septembre 2001. Cela fait partie du grand mouvement dans lequel les douanes mondiales se voient attribuer un rôle de sécurisation des échanges, dans la perspective très évidente de lutter contre le terrorisme. Le cadre « SAFE » adopté par l’Organisation Mondiale, a proposé des mesures plus raisonnables que le scanning 100%. L’I.C.S. qui vise à donner aux autorités douanières des éléments d’information de nature à leur permettre une analyse de risque préalable à l’entrée des marchandises sur le territoire communautaire en fait partie.

Le Phare : Quelles sont les différentes phases préconisées pour la mise en œuvre de l’I.C.S. ?

M. Fabrice Goguel : Les opérateurs –et je pense ici aux exportateurs à destination de l’Union Européenne- doivent d’abord se demander à qui incombe l’envoi de la « déclaration sommaire d’entrée » (ENS). Plusieurs opérateurs peuvent le faire :
■ le transporteur ou son représentant, celui qui prend en charge le transport (commissionnaire de transport) ;
■ ou toute personne en mesure de présenter ou faire présenter les marchandises, l'importateur ou son représentant.
Ce sont donc avant tout les transporteurs qui sont concernés, d’autant plus qu’ils devront déposer une notification d’arrivée du moyen de transport, et qu’ils seraient en faute si toutes les marchandises transportées n’étaient pas couvertes par une ENS.
Il va donc falloir préciser dans les contrats de transport et de vente à qui incombe l’obligation d’envoyer la déclaration sommaire, en choisissant bien entendu celui qui sera le mieux à même de disposer des informations nécessaires.
Ensuite, il faut déterminer le pays à qui doit être adressé l’ENS : c’est le pays considéré comme le premier point d’entrée dans l’U.E. Il faut donc que les conditions de transport soient définitivement définies.
Ensuite, pour pouvoir adresser l’ENS par voie télématique aux autorités douanières du premier pays d’entrée, l’opérateur concerné doit utiliser un système informatique bénéficiant d’une certification octroyée par les autorités de ce pays. Il doit donc avant tout choisir s’il veut bénéficier directement d’une telle certification, ce qui impose des moyens informatiques matériels et logiciels adéquats, ou s’il préfère passer par un prestataire de service agréé.
En tout état de cause, il devra avoir obtenu un numéro d’enregistrement EORI, délivré par l’autorité douanière d’un des Etats membres.
Ici, attention : si le numéro EORI est unique, l’agrément du système de communication est donné par chaque Etat membre, et leurs systèmes informatiques ne sont pas identiques…
Enfin, pour chaque opération, il faudra réunir les données nécessaires, telles qu’elles sont énumérées dans la nouvelle annexe 30 bis du Règlement d’application du Code des Douanes communautaires (annexe 3 du Règlement 1875/2006). Celui qui envoie la déclaration est responsable de son exactitude…

Le Phare : Les opérateurs des pays tiers à l’U.E. (redevables de la déclaration) ne disposant pas de moyens électroniques développés, ne seront-ils pas handicapés par les exigences techniques de l’I.C.S. ?

M. Fabrice Goguel : Sans être informaticien, j’ai l’impression que presque tous les opérateurs doivent aujourd’hui utiliser des moyens informatiques matériels suffisants. Mais la difficulté est d’ordre logicielle, et c’est cela qui va sûrement conduire beaucoup d’opérateurs à passer par des prestataires de service (dont plusieurs ont bien compris qu’ils avaient là un nouveau marché, et font de la publicité en ce sens…).


Le Phare : Les redevables de la déclaration doivent être agréés par les autorités douanières et disposer d'un numéro d'enregistrement unique, appelé EORI (Economic operators registration and identification system), les numéros en usage délivrés par les douanes nationales aux opérateurs ne peuvent- ils pas servir en lieu et place de l’EORI, sous réserve d’accords bilatéraux entre les douanes concernées ?

M. Fabrice Goguel : En effet, à ma connaissance tous les pays ont prévu d’utiliser les numéros existants, ou des numéros qui en sont dérivés. Beaucoup d’opérateurs se sont déjà vu attribuer des numéros EORI sans avoir eu à les demander, dès lors qu’ils étaient déjà connus d’une autorité nationale. Ce qui me laisse rêveur, c’est le risque que beaucoup d’opérateurs se voient attribuer plusieurs numéros EORI, lorsqu’ils sont déjà intervenus dans plusieurs pays, alors que le système est fondé sur l’idée que chaque opérateur devrait n’avoir qu’un seul numéro…

 

 

 

Le Phare : Existe t-il des accords avec les douanes des pays tiers, (Maghrébins par exemple) dans la mise en œuvre des modalités pratiques de l’I.C.S. ?

M. Fabrice Goguel : Pas pour le moment, au meilleur de mes connaissances. Mais la Douane française, par exemple, a prévu des mesures particulières vers le Maghreb : une réunion d’information a eu lieu à Marseille le 16 avril dernier, ville ou une « task force » douane-opérateurs a été mise en place pour le Maghreb ; une délégation des douanes françaises de haut niveau était en Tunisie, la fin du mois de mai et elle a prévu des déplacements, sans doute juste après la fin du mois de Ramadhan, en Algérie et au Maroc.

Le Phare : En l’absence de procédure de reconnaissance mutuelle, les redevables de la déclaration des pays tiers, ayant le statut d’opérateur économique agréé, (OEA) peuvent-ils bénéficier d’avantages particuliers dans le cadre de l’I.C.S.?

M. Fabrice Goguel : Malheureusement non. Sans conventions de reconnaissance mutuelle, les statuts OEA octroyés par des pays tiers sont sans effet juridique dans l’Union Européenne.

Le Phare : La mise en œuvre de l’I.C.S. implique t-elle nécessairement l’adoption du cadre des normes mis en place par l’OMD ?

M. Fabrice Goguel : Pas nécessairement, le cadre « SAFE » est une boîte à outils ou chaque pays prend ce qui lui parait utile.

Le Phare : Durant la phase transitoire d’adaptation des déclarants à ces nouvelles télé procédures, ne pensez vous pas que les opérateurs des pays tiers (notamment maghrébins) sont insuffisamment préparés pour être au rendez le 1er Janvier 2011?

M. Fabrice Goguel : Ni plus ni moins que les autres opérateurs. Malheureusement, tout le monde est en retard. Mais si on choisit de passer par un prestataire, et qu’on maîtrise suffisamment les informations de la chaîne logistique, il reste bien sûr une charge de travail administratif supplémentaire, mais c’est vrai pour tout le monde…

Le Phare: Quelles sont la nature et la portée de la responsabilité des déclarants, notamment les commissionnaires en douane, vis-à-vis des obligations prévues par l’I.C.S. ?

M. Fabrice Goguel : Ce qui est clair est que c’est celui qui envoie l’ENS qui est responsable de son contenu. Ce n’est pas nécessairement le commissionnaire en douane. Ce qui est clair aussi c’est que s’il n’y a pas d’ENS, la marchandise ne pourra pas être déchargée, d’où des risques de coûts logistiques très significatifs. On peut aussi penser que si les ENS d’un opérateur se révèlent avoir été inexactes, il sera ensuite suspect lors des analyses de risque, et ses envois seront plus surveillés, donc retardés.
En revanche, l’avocat que je suis ne voit pas en l’état de possibilité de sanctions douanières importantes : l’ENS, à supposer qu’on l’analyse comme une déclaration en douane, n’est pas une déclaration d’importation. Donc son inexactitude éventuelle n’a à mon avis d’incidence ni en matière de droits, ni en matière de prohibition ce qui n’autorise normalement que des sanctions modestes…Peut-être cependant que le point de vue des douanes nationales sera différent, ou que de nouvelles sanctions (qui ne relèvent toujours que des droits nationaux et non du droit communautaire) vont être instituées.

Le Phare : Dans le cadre de la réciprocité, les douanes des pays tiers (Maghrébins ou de la rive sud de la méditerranée par exemple) peuvent également exiger un dispositif similaire, puisque cela participe des mêmes objectifs de sûreté et sécurité au profit de ces pays. Ne pensez-vous pas que ces exigences sont à sens unique?

M. Fabrice Goguel : C’est déjà ce que j’ai pensé lorsque les Etats-Unis ont mis en place de façon unilatérale les premières mesures de ce type, en les imposant à leurs partenaires dont j’ai été surpris qu’ils ne réagissent pas en exigeant immédiatement la réciprocité…Aujourd’hui, c’est l’Union Européenne qui fait de même avec, il est vrai, un peu plus de préavis. Si c’est la loi du plus fort, ce n’en est pas plus satisfaisant.

Le Phare : Le mot de la fin

M. Fabrice Goguel : Il reste de nombreux écueils dans l’application quotidienne : la difficulté majeure pour les opérateurs est de disposer de tous les éléments d’information au bon moment, surtout s’il y a plusieurs intervenants successifs, et des contrats et des délais de transports plus ou moins maîtrisés. Mais le plus préoccupant est d’avoir 27 Etats membres d’entrée possibles, avec 27 systèmes informatiques différents et donc 27 agréments…
D’autre part, le nouveau texte prévoit à plusieurs reprises le cas où l’analyse de risque donnerait aux autorités douanières « des motifs raisonnables de considérer que l’introduction des marchandises dans le territoire douanier constituerait une menace grave pour la sécurité et la sureté », avec alors la possibilité d’une « intervention immédiate ». J’aurais bien aimé avoir une définition un peu plus précise de cette « menace ». Et pourquoi pas, savoir comment un opérateur donc la marchandise, aura été bloquée parce le système informatique commun l’aura jugé à tort comme présentant des risques, sera indemnisé…■

KGN Le Phare Tout Droit réservé