Editorial :

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OMC : Mondialisation du modèle de marchés, de consommation, de mentalités, de clients...
 

Lors de son intervention au Sommet des 15 pays du Sud à Téhéran à la mi-mai, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika a dénoncé sans embages "les exigences insupportables de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) à l'égard des pays du Sud...
Voilà la position officielle de l'Algérie désormais connue.
Il est vrai que notre pays n'a pas suffisamment "aiguisé ses crocs" pour entrer dans une fosse aux lions conçue sur mesure pour les plus forts, au nom de l'ouverture, de la mondialisation, de la globalisation, etc.
En un mot au nom du "marché unique et global" pour permettre aux plus grands de garder la haute main sur le commerce international, sans jamais dire à quelle sauce seront "bouffés" les pays qui n'ont pu ou su se mettre au diapason de la plus grande cuisine d'un monde où les recettes de la charcuterie onusienne sont préparées avec l'art consumé des plus grands chefs...
Notre pays, cela a été dit et répété, n'est pas prêt (et ne le sera pas de sitôt) à répondre aux exigences imposées par l'OMC, pour diverses raisons qui lui sont propres, pas plus d'ailleurs qu'il n'était prêt à adhérer à la GZALE (Grande Zone Arabe de Libre Echange) et avec l'UE; Accords signés mais dont la nature et les modalités ne permettent pas à l'Algérie d'échanger avec les autres pays au mieux de ses intérêts. Du moins pour l'instant.
Pourtant, à peine les négociations entamées au sein de l'OMC, on s'est crû obligé d'ouvrir des pans entiers de notre économie sans contrepartie, alors que les grands pays qui ont inauguré cette messe ne cessent d'ouvrir et de fermer l'écluse de leur marché à leur guise et surtout au gré des avantages comparatifs de leur économie.
A preuve les péripéties connues par Acelor Meetal en Europe et Dubai Ports World aux USA, exemple les plus connus, mais il y a des centaines d'autres à citer.
Comme hier le scanning aux Etats-Unis, aujourd'hui une nouvelle mesure est tombée quant à l'application de l'ICS (Import Control System) dans le marché européen (lire l’entretien conduit par notre collaborateur en P.75).
C'est comme cette fameuse liberté des mers dont on parle depuis des lustres mais qui demeure en réalité un leurre.
En effet, on parle du peu de morale de ces milliers de navires battant pavillons de complaisance, situés dans des paradis fiscaux, tant décriés par la "communauté internationale", mais très peu de gens savent à qui ils appartiennent en réalité, une dizaine de puissance maritime.
D'une façon générale, toutes les mesures appliquées par des pays ou groupes de pays ne trouvent leurs justifications que dans l'intérêt intrinsèque des puissants de ce monde qui ont développé des pouvoirs d'attraction dans des marchés où savoir-faire industriel et technologique le dispute aux capacités de gestion financière, par lesquelles des politiques d'investissement sont développées à partir d'un rapide ROI (Return Of Investment)...

 

Dans le cadre de l'OMC, il a été conçu un marché global en priorité à leur profit, reposant sur la performance économique, la standardisation des modèles de gestion du commerce, l'homogénéisation des services, notamment en matière d'organisation de la chaîne logistique, de l'industrie des transports et de la gestion des ports, etc.
Ils y parviennent grâce à l'accroissement de la taille critique des entreprises, le recours aux effets de masse et des économies d'échelles réalisables seulement par les opérateurs des pays les plus avancés, structurées dans une sorte d'oligopole d'intérêt où les multinationales tirent leur expansion à partir de stratégies de croissance continues, en dépit de toutes les crises...
Aujourd'hui, cette faculté d'adaptation dans le commerce, où les grands redéploiements économiques et industriels se font (et vont se faire encore davantage demain) dans le sens Orient/Occident, n'est possible que pour ceux qui distribuent les cartes dans des marchés déjà cloisonnés par le maillage des "opérateurs globaux" sur les grands espaces économiques.
Des marchés où même les clients se globalisent, comme par exemple les grandes surfaces; celles-ci après avoir fait une bouchée des petits épiciers locaux, partent à la conquête d'une épicerie de plus en plus mondialisée, où les plus forts « bouffent » les plus faibles, selon la loi de la jungle.
Nous assistons non seulement à un changement de dimension du commerce mais également des mentalités allant devenir elles aussi mondialisées...
Bien sûr les petits "potagers" de produits exotiques, naturels, bio, etc., et les petits "ateliers" qui pullulent ici et là à travers les continents vont trouver des niches à l'export, mais beaucoup moins comme acteurs que figurants.
Et s'ils ne veulent pas faire à vie de la figuration dans une lutte sans merci pour la croissance, qui se fera sans aucun doute à leur détriment, toute ouverture de marché, dans un domaine ou un autre, doit être mesurée et envisagée dans la concertation et avec le plus grand soin, après évidemment une parfaite préparation technique des opérateurs économiques au Challenge mondial...
Ce qui semble se dessiner en Algérie, au sein d'Algex grâce au programme Optimexport, où l'incubateur du commerce extérieur est branché depuis quelques mois déjà et dans lequel une nouvelle génération de challengers de l'export (au nombre d'une quarantaine), est en train de se mettre en ordre de marche "pour oser l'international".
Misons sur la réussite de cette élite future de l'export qui, nous l'espérons, va faire jouer entre elle le concept de benchmarking, où les exemples de réussite servent de modèles aux autres opérateurs, dans le dessein de faire école...


Kamel Khélifa

KGN Le Phare Tout Droit réservé - 2010