En ce mardi 27 avril 2010, le projet d’extension consistant à réaliser un 3ème bassin et ses dépendances sur la terre ferme pour permettre au port de Mostaganem de s’assurer de nouvelles perspectives de développement, a fait l’objet d’une réunion-débat que la direction locale des Travaux publics a organisé au profit des invités dans le but de connaître véritablement de son opportunité. Présenté sous la houlette des responsables du groupement « Sogreah Consultants/Sogreah Algérie », bureau d’études à qui revenait la charge de disséquer dans toutes ses dimensions l’étude en question, l’avant-projet sommaire (APS) a suscité un vif intérêt de la part des représentants des autorités locales concernées, présents pour la circonstance en nombre suffisant. D’ailleurs, le riche débat qui s’en est suivi a permis à l’assistance de poser de pertinentes questions - d’ordre technique surtout - que les auteurs de l’étude (un Italien et un Algérien) se sont bien appliqués pour y apporter les réponses appropriées, sachant au passage que certaines interrogations, pour le moins inattendues, ont contribué à éclaircir davantage le sujet. Tout compte fait, militant ardemment pour que le projet soit accepté et auréolé par l’attribution d’un marché, ils sont finalement arrivés à bien vendre leur produit et à convaincre l'assemblée de son utilité, d’autant plus qu’il s’agit, arguments solides à l’appui, d’une étude défiant, selon eux, sur tous les plans toute concurrence. Pour information, le coût prévisionnel de réalisation est initialement évalué à 206 millions d’euros. Techniquement, en quoi consiste ce projet ? L’infrastructure de ce projet d’extension portera sur : - le prolongement de la jetée principale de 980 mètres linéaires, - la construction d’une jetée secondaire de 540 mètres linéaires, - la construction d’un terminal à conteneurs avec des profondeurs de 12,50 m et d’une longueur de quai de 500 mètres, - la construction d’un terminal céréalier de 9 hectares avec des tirants d’eau de 14 mètres de profondeur et 300 mètres de longueur de quai. Atouts majeurs militant en faveur de la réalisation du projet Les éléments qui font l’intérêt et la force de Mostaganem sont : - une position géostratégique à l’Ouest du pays, - une agglomération dynamique disposant d’industries et d’une toile de services publics offrant quasiment toutes les facilitations, - un important hinterland dont l’économie (agricole et industrielle) est riche et diversifiée, - un réseau de transport ferroviaire et terrestre à l’Est, Ouest et Sud, - une déconnexion par rapport au centre urbain et des facilités d’évacuation routières, - des infrastructures et équipements en mesure de satisfaire les exigences des opérateurs économiques qu’ils ne trouvent pas ailleurs, notamment dans les ports concurrents arrivés à saturation (comme Alger ou Oran) et qui éprouvent d’énormes difficultés d’évacuation au travers du tissu urbain, - l’existence d’un silo à céréales, - de réelles capacités d’extension du port, - un intérêt porté par les opérateurs économiques qui investissent sur des équipements privés sur le port, à l’exemple des céréales ou du bitume. Contraintes auxquelles le port fait face aujourd’hui Arrivant difficilement à satisfaire la demande grandissante de ses clients, le port de Mostaganem est confronté à présent à un certain nombre de contraintes, rédhibitoires pour la plupart d’entre elles. Grosso modo, il s’agit de : - une faiblesse des tirants d’eau variant de 6, 70 m à 8, 20 m, ce qui limite fortement les caractéristiques des navires acceptés, - une insuffisance de mètres linéaires de quai et surtout de surface de transit et d’entreposage comparativement aux normes portuaires admises, - l’inexistence d’un espace spécialisé dans le traitement des marchandises dangereuses, - une cohabitation (commerce/pêche) préjudiciable se répercutant souvent négativement sur le niveau de production. Néanmoins, ce problème, dit-on, sera résolu définitivement lorsque le port de pêche de la Salamandre sera réceptionné et mis en activité, - une absence de liaison aux caractéristiques autoroutières jusqu’à l’autoroute Est-Ouest et une évacuation qui se fait par une RN (2) saturée (même cette contrainte sera résolue avec l’implémentation des projets en cours), - un partage d’un même hinterland avec le port d’Oran qui, lui, dispose déjà d’une desserte aux caractéristiques autoroutières et possède un projet d’extension de son terminal à conteneurs dont les travaux pourront démarrer cette année pour être ensuite proposé, une fois achevé, à une concession sous forme de partenariat. Ce que l’étude présentée a révélé Intéressante à plus d’un titre, l’étude dispose que le port de Mostaganem, géographiquement bien situé, offre une sérieuse possibilité d’extension à Nord-Ouest des deux bassins actuels, jusqu’à la pointe de la Salamandre en correspondance de la digue principale du port de pêche actuellement en voie d’achèvement. En effet, la configuration du site, aussi bien du côté « mer » que du côté « terre », plaide naturellement favorablement pour la réalisation d’un troisième grand bassin, à savoir : | | - profondeurs importantes adaptées pour jeter les bases d’une infrastructure accueillant des navires de taille importante avec des dragages limités, - vastes espaces disponibles à terre pour la réalisation de toutes les commodités, - absence d’une dynamique sédimentaire significative. D’autre part, et au risque de nous répéter, Mostaganem est reliée par un bon réseau routier aux wilayas d’Oran, Mascara, Chlef, Saïda, Tiaret et même Laghouat. Le chemin de fer, desservant également la zone portuaire, joint l’agglomération à Mohammadia (Mascara), important centre ferroviaire se trouvant sur l’axe Alger-Oran. Ambitieux projet, s’il arrive donc à se concrétiser, ce dernier permettra à coup sûr à cette infrastructure portuaire de drainer plus de trafic, d’élargir l’éventail de son hinterland et de viser un rôle de principal pôle portuaire de l’Ouest algérien en compétition avec Oran. Potentialités de production après extension Selon les prévisions, le port de Mostaganem est en mesure de réaliser les résultats suivants : - Marchandises diverses : plus de 900 000 tonnes/an, - Céréales : plus d’un million de tonnes/an, - Conteneurs : environ 400 000 Evp/an, - Véhicules : plus de 600 000 unités à débarquer par an. Ceci sans compter le trafic passagers que le port devra assurer si une gare maritime digne de nom serait à l’avenir érigée. Conclusion En Algérie, 95 % du transport des marchandises se fait par voie maritime. Or, si cette situation est bien connue de tous, il reste que les autorités en charge des dossiers, maritime et portuaire, peinent à faire évoluer nos ports dans le sens des nouvelles technologies et techniques modernes de gestion. Constituant des goulots d’étranglement, le déficit en matière d’exploitation du fait de l’indigence des équipements, l’absence ou, si vous voulez, la faiblesse de terminaux spécialisés, des niveaux de production en deçà des normes requises et des ressources humaines peu préparées (dans certains cas dépassées, malgré la bonne volonté, par les événements) en sont leurs principales raisons. D’ailleurs, fragilisés par un retard énormément préjudiciable, ils sont gagnés par une obsolescence se caractérisant par : - un faible niveau de leur développement, - leur enclavement dans les villes (aujourd’hui on parle surtout de ports excentrés) les condamnant à toute idée d’extension, - une organisation inadaptée aux exigences du développement des échanges maritimes. Conscients de cette situation, les pouvoirs publics, décidés plus que jamais à les mettre à niveau, comptent les faire sortir de cette léthargie par l’élaboration d’une stratégie s’appuyant sur des plans de développement portant : - adaptation du cadre institutionnel, - engagement d’actions de modernisation et de mise à niveau, - amélioration du management et des procédures de facilitation, - élaboration de programmes de formation au profit du personnel. Bien que timidement engagée, cette stratégie, récemment mise en application, commence à donner petit à petit ses fruits. Le port de Béjaïa en est la parfaite illustration. Sur un autre plan, menacée impitoyablement par une concurrence qui dit ouvertement son nom, l’Algérie est obligée de redoubler d’efforts afin de moderniser son dispositif portuaire. Mondialisation libérale oblige, l’heure est à la compétition/compétitivité, notamment par la réalisation de plateformes portuaires multimodales de grande envergure. En effet, contrairement aux autres ports du monde qui ne cessent de se régénérer de manière ininterrompue, les nôtres construits anciennement, n’ont pratiquement pas subi de profonds changements. Gérés de manière classique avec des moyens classiques, ils sont aujourd’hui incapables de recevoir de gros navires, tels les porte-conteneurs dits de « nouvelle génération ». En conclusion, on n’a de cesse de répéter que « Time is money ». Cependant, laisser passer cette occasion peut coûter chèrement pour ne pas avoir osé prendre les bonnes décisions à temps. Car, sans extension, l’avenir du port de Mostaganem, risquant par conséquent de perdre une partie de son hinterland, est menacé sérieusement. La menace pourrait en premier lieu émaner des ports de Ténès et d’Oran. Pour le premier, une fois réalisée la liaison autoroutière entre le port de Ténès et la rocade Sud en passant par Chlef et Tissemsilt sur une distance de 220 km, cet axe permettra de relier directement le port de Ténès à certaines wilayas du Sud du pays. Pour le second, le terminal à conteneurs dont la construction est projetée cette année risquera d'étrangler à Mostaganem ce segment d’activité. Enfin, en dépit de ce constat quelque peu désolant, quatre (04) ports algériens sont programmés cette année pour être dotés de pôles logistiques de transport dits de « bout en bout ». Un mode combiné qui assure l’acheminement des marchandises du fournisseur au destinataire en utilisant essentiellement les modes de transport maritime, ferroviaire et routier. Il s’agit des ports d’Alger, Béjaïa, Skikda et Ghazaouet ■ *Administrateur Principal des Affaires Maritimes (1) Laboratoire d’études maritimes (2) RN : route nationale Document consulté : « Actualisation de l’étude d’extension du port de Mostaganem, Rapport R1 » par « Sogreah/Algérie ».
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